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Un peu d'histoire

Vraie et fausse dénominations

L’élégance et les qualités architecturales de l’édifice ont souvent porté les visiteurs, comme les habitants de Guéret, à reconnaître dans le corps de logis principal l’ancienne résidence des Comtes de la Marche. En fait, cet usage du château par les Comtes de la Marche n’est absolument pas démontré, de sorte que la dénomination de "château des Comtes de la Marche" est impropre.

En fait, c’est à Antoine Allard, Seigneur des Moneyroux et Trésorier des Comtes de la Marche durant la seconde moitié du XVe siècle, qu’on doit la construction de cet hôtel particulier formé de deux ailes distinctes. En l’occurrence, l’intitulé "Hôtel des Moneyroux" apparaît plus approprié aux proportions d’une résidence privée rendue volontairement somptueuse pour l’époque et pour la région.

De la fin du Moyen Âge à nos jours

Le corps de logis principal correspond à l’aile Sud de l’ensemble actuel et a vraisemblablement pris la place, à la fin du Moyen Âge, d’un donjon fortifié plus ancien. L’aile Ouest a été réalisée entre 1447 et 1477 par Antoine Allard. Plus raffinée que l’aile Sud, elle forme un angle droit avec la façade principale de celle-ci. Composée de deux étages élevés au-dessus d’une galerie ouvrant par trois arcs en plein cintre sur la cour principale, elle est recouverte d’une haute toiture en forme de pavillon doté d’un campanile. Un escalier sur plan carré, à volées droites, donne accès aux salles des étages. L’escalier à vis qui subsiste à l’Est de l’aile Sud correspondrait quant à lui à l’escalier d’origine du donjon primitif.

Au XVIe siècle, une nouvelle phase de transformation du bâtiment est l’œuvre de Pierre Billon, successeur d’Antoine Allard au titre de Trésorier du Comté. Elle concerne le réaménagement de certaines salles (cheminées monumentales ornées de décors peints, embrasures de baies voûtées en berceau, etc.) ou la réalisation de travées d’inspiration Renaissance sur l’aile Sud (création d’une travée saillante se terminant par une lucarne à pignon galbé ouvragé). L’objectif de cette intervention était vraisemblablement de réaliser l’harmonie avec les parties gothiques situées à l’Ouest.

Le bâtiment restera dans les mains des héritiers de Pierre Billon jusqu’en 1568, puis il sera cédé à différents propriétaires. En 1636, il se retrouve transformé en couvent par des religieuses de la Visitation. Le séjour des sœurs visitandines faillit être néfaste aux bâtiments, tant les interventions qu’elles décidèrent d’entreprendre pour l’adapter aux besoins de la communauté en modifiaient conception et distribution. Leur installation ne leur fournissant pas les ressources escomptées, elles quittèrent la ville et finirent par vendre leur bien, en 1642, à Etienne Tournyol, conseiller du Roi. Celui-ci recevra le droit d’apposer les armes royales sur le bâtiment : on retrouve l’écu de France sur la façade Nord de l’aile Sud, au centre de l’accolade surmontant l’imposte de la fenêtre la plus haute.

L’hôtel sera divisé puis réuni à nouveau par les héritiers, jusqu’en 1892. Le département de la Creuse en devient alors propriétaire par voie d’expropriation et y installe les services de la Préfecture, l’Inspection académique et les Archives départementales.

Aucun document d’archives ne fait référence à l’histoire de la chapelle contiguë à l’aile Ouest. Dans les documents de travaux archivés, elle reçoit le plus souvent l’appellation de Chapelle Saint-Sylvain, ou des Pénitents, ces derniers ayant reçu l’affectation de ce lieu de culte par les propriétaires durant la première partie du XIXème siècle.

L’Hôtel dit des Moneyroux est le siège du Conseil Général depuis 1962. On peut aujourd’hui à bon escient le désigner par l’appellation « Hôtel du Département ».