Des brebis tondeuses dans la lande creusoise

Depuis 2015, le Conservatoire des espaces naturels de Nouvelle-Aquitaine (CEN NA) a décidé de réintroduire le pâturage extensif dans la Vallée de la Creuse, entre Glénic et Crozant. Un projet soutenu par le Département, qui a pour l’heure permis la réouverture d’une vingtaine d’hectares de paysage.

Si vous vous êtes promenés aux alentours de la Vallée de la Creuse cet été, vous avez certainement aperçu Emeline Buron, une jeune bergère, et son troupeau de 70 brebis limousines. Pendant 16 semaines, au printemps et à l’automne, Emeline a eu à sa charge de gérer tout un troupeau dans le cadre de la réintroduction du pâturage extensif dans deux sites Natura 2000 : la Vallée de la Creuse (Crozant, Fresselines) et les Gorges de la Grande Creuse (Anzême, Bourg-d’Hem, Bussière-Dunoise, Celle-Dunoise, Champsanglard, Saint-Sulpice-le-Dunois).

Une nouvelle aventure pour Emeline, originaire du Maine-et-Loire, en pleine reconversion professionnelle : « J’ai eu vent de cette offre d’emploi par un ami qui avait déjà fait la saison ici auparavant. J’étais intéressée par la démarche du Conservatoire, de réinstaurer l’élevage et de rouvrir des milieux. Et puis la taille du troupeau était convenable, puisque c’est le premier troupeau que j’allais garder seule. Même si avec le recul, je me rends compte qu’un petit troupeau est plus difficile à garder qu’un grand troupeau », ironise la néo-bergère, géographe de formation.

Depuis 2015, le Conservatoire des espaces naturels de Nouvelle-Aquitaine mène ce projet pour restaurer des landes sèches là où existaient déjà des pâturages et où la nature sauvage a repris ses droits. Un projet de restauration, qu’Yvan Grugier, du CEN NA détaille : «  Nous travaillons avec les propriétaires pour restaurer et rouvrir les landes. Cela se traduit par du bûcheronnage, du débroussaillage, du déboisement. La forêt a commencé à reprendre ses droits. Avec cette restauration, nous redécouvrons des points de vue et cela permet aux petites graines de mieux pousser pour laisser place à la bruyère ».

Ce projet est mené de concert avec le Département depuis 2015, qui subventionne le Conservatoire, mais aussi avec Ovins Berry Limousin pour le recrutement d’un berger et un agriculteur installé à Clugnat pour le troupeau.
En effet, chaque année, un berger pose son bâton dans les landes creusoises pour faire pâturer les brebis, dont le seul travail est de manger des végétaux afin de rouvrir ce paysage sauvage et de nous faire redécouvrir des points de vue.

Genêt, lierre, ortie ou bruyère, aucune plante sauvage présente dans ces paysages n’échappe à l’appétit de ces tondeuses à quatre pattes. « Le défi pendant le pâturage, c’est de faire un repas le plus équilibré possible et surtout d’alterner, car les brebis se lassent très vite », explique Emeline. Elle poursuit : « Si je les mets sur une lande pendant toute la journée, elles ne vont pas pouvoir se nourrir que de ça. J’essaie d’alterner les milieux. Souvent, je commence par des milieux plus difficiles, du ligneux. Là elles vont manger du genêt, des jeunes pousses, du lierre, de la ronce. Et après, l’idéal est d’avoir un complément avec des choses plus faciles, telles que de l’herbe grasse, que l’on retrouve dans les zones humides du conservatoire. »

Au-delà de la restauration des landes sèches, ce retour de troupeau, fréquent au XXème siècle, fait le lien entre préservation de la biodiversité, économie, culture, sports et tourisme.
Si ce projet de réintroduction du pâturage extensif vise à restaurer et à gérer des espaces naturels d’intérêt patrimonial, il pourrait à long terme contribuer à la mise en valeur du paysage, objectif retenu par la mission Vallée des peintres, pour faire connaître et développer ce territoire.
A long terme, les surfaces de landes restaurées entre Crozant et Glénic pourraient couvrir plus d’une centaine d’hectares, actuellement dominés par un boisement spontané.
Le paysage de la vallée bénéficierait alors d’une réouverture partielle contribuant au développement de l’activité touristique.

Publiée le 9 novembre 2020





 
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