« J’essaie toujours de donner plus que ce que je peux donner »

Pour sa tournée Les Oubliés, Gauvain Sers a fait escale chez lui, à Dun-le-Palestel pour trois dates, où il a joué à guichets fermés. Le chanteur a accepté de nous rencontrer une heure avant son concert de samedi soir, pour un entretien à son image : en toute simplicité.

« J’essaie toujours de donner plus que ce que je peux donner »

Qu’est-ce que cela fait de jouer devant un public qui vous attend avec impatience, et dont vous êtes le chouchou ?

Je suis surtout très content de venir jouer là où j’ai grandi. Ça faisait très longtemps que je voulais le faire et ce n’était pas possible. Et c’est vrai que cette tournée-là, un peu plus acoustique, dans des petites salles, pour présenter le nouvel album, c’était l’occasion rêvée. En plus, ils ont refait la salle il y a deux ans, elle est vraiment très jolie. Je suis hyper content d’être là !

Est-ce que l’enjeu est différent entre jouer dans des grandes salles à Paris et jouer dans des salles plus locales mais où le public est plus familier ?

L’enjeu pour moi c’est toujours un peu le même, je n’essaie pas de me dire qu’il y a des concerts plus importants que les autres et j’essaie toujours de donner plus que ce que je peux donner. En tout cas, je ne conçois pas de différence entre un concert à Paris et ici, c’est sûr que non. Après c’est plutôt les conditions et la formule avec laquelle on joue. Là, c’est vrai qu’on est à deux et c’est très intime, il y a une vraie proximité avec le public. A Paris, quand on joue dans une grosse salle, forcément il y a moins d’échanges, c’est un concert très différent forcément. Mais j’aime bien alterner ça, faire des concerts en groupe, plus dans des grandes salles et des gros festivals et faire des trucs plus proches, où il n’y a pas trop de barrières entre le public et l’artiste.

Vous avez sorti une chanson Dans mes poches, qui fait un peu l’inventaire de ce que l’on peut trouver dans vos poches. Là concrètement, une heure avant le concert, qu’est-ce que l’on trouve dans vos poches ?

(rires) Il y a mon portable toujours ! Et j’ai plein de médiators aussi.

Pas de grigri ?

Non je n’en ai pas. Notre grigri, c’est plutôt que l’on joue toujours le même morceau avant de monter sur scène, donc au bout d’un moment on en a par-dessus la tête du même morceau, mais on adore toujours le jouer.

Et quel est ce morceau ?

C’est la Ruelle des morts de Thiefaine.

Sur scène, vous faites une reprise de la chanson Lily de Pierre Perret. Comment peut-on récupérer une telle chanson, qui est plutôt de la génération de vos parents ?

Je trouve qu’elle est encore tellement d’actualité justement. C’est une vielle chanson et pourtant, si elle avait été écrite aujourd’hui, elle résonnerait autant. C’est important justement de continuer à parler de ça. Et puis Lily, elle va bien dans la tournée Les Oubliés parce que moi j’ai beaucoup parlé des oubliés à la campagne, et Lily c’est une oubliée dans une grande ville. Et il y a beaucoup d’oubliés dans les grandes villes. Je trouvais que la chanson avait bien sa place dans le set. Et puis Pierre Perret est un artiste que j’aime beaucoup.

Dans votre album Les Oubliés, il y a cette chanson : Que restera-t-il de nous ? Que voulez-vous qu’il reste de vous dans 10, 20 ou même 50 ans ?

(rires) Ah ce n’est pas facile comme question. S’il reste des chansons déjà ce serait chouette. Je veux dire, s’il y a encore des générations futures qui écoutent mes chansons. C’est ça le plus dur dans la musique, c’est de traverser les époques. Et c’est vrai que moi j’essaie de parler de l’époque dans laquelle je vis. Dons si ça se trouve, on ne sait pas mais peut-être que les chansons seront démodées dans 15 ans ou peut-être qu’elles seront encore très actuelles comme Lily. Je n’en sais rien, mais c’est peut-être ça le plus important : laisser des chansons.

Le truc qui me bouleverse le plus c’est quand les chansons sont étudiées à l’école. Ça c’est le graal, et ça m’est arrivé sur plusieurs chansons différentes. J’ai reçu des messages d’instits ou de profs qui me disaient : « on est en train d’étudier ta chanson » et je trouve ça vraiment très touchant. C’est presque le plus beau cadeau.

Justement, vous avez la réputation d’être un chanteur à texte, avec des messages forts, comme dans votre chanson Le poulet du dimanche. Pourquoi avoir fait une chanson sur le poulet du dimanche ? Est-ce c’est le plat qui vous manque le plus ?

Je trouve que c’est tellement de souvenirs le poulet du dimanche. Je crois que c’est très universel : c’est à la fois la famille, les amis. C’est un moment particulier, je trouve, qui méritait bien une chanson. C’est vrai que quand je clame le texte en concert, il y a des sourires tout de suite sur les lèvres des gens car ça rappelle des souvenirs. Je crois qu’on a tous des souvenirs de poulet du dimanche, et de grands débats entre qui choisit quoi et des débats après.
Voilà, il peut y avoir de la politique, on parle de la société, on parle de problèmes de famille, de pleins de choses et je trouve que c’est un moment un peu suspendu. Tout le monde m’en parle ! Je crois que je suis le seul chanteur à qui on envoie des photos de poulet rôti avec des patates (rires). C’était plus pour le moment, j’aime bien l’idée de faire des chansons comme des courts-métrages ou des peintures, et celle-là, c’est vraiment une peinture.

Propos recueillis par Pauline Rapinat