Musique à la source, un retour aux origines

Tombé dans la marmite de « Tous les matins du monde », grâce à une maman inconditionnelle du film d’Alain Corneau, Valentin Tournet a fait de la viole de gambe son instrument de prédilection, et de sa vie, une dévotion à la musique baroque.
Avec son Festival « Musique à la source », dont la première édition se déroule actuellement et s’achèvera le 10 août, c’est une invitation à découvrir ou redécouvrir Bach, Debussy, Ravel, Couperin, Lully…
Un Festival auquel le Département a choisi d’apporter son soutien.
Rencontre avec l’initiateur de ce rendez-vous musical d’un autre temps…

Musique à la source, un retour aux origines

Pourquoi avoir choisi la viole de gambe ?
Pour la sonorité même si ce n’est pas très original de répondre cela ! C’est une affaire de sensible…on est tout de suite interloqué par une sorte de chaleur qui émane de l’instrument.
Quand on écoute la viole de gambe dans l’enregistrement de la Bande Originale du film « Tous les matins du monde », on est envahi et l’impression dominante nous rapproche de notre univers d’enfant.

Si l’on devait comparer ou rapprocher la viole de gambe d’un autre instrument, ce serait lequel ?
La viole de gambe ressemble au violoncelle mais avec un son plus patiné, un peu plus mat. Les cordes sont en boyaux et non en métal. Le boyau de mouton fait vibrer la corde différemment. C’est une matière vivante et c’est en cela que le Festival s’appelle « Musique à la source ».

C’est un retour aux origines ?
Oui, la Creuse c’est le symbole du revenir à la source, à la nature au contact des vraies choses de la vie. C’est aussi cela qui participe à l’engouement des musiciens professionnels car ils savent qu’ils vont y passer un bon moment, y vivre des choses formidables, pour se nourrir des choses de la vie et les retranscrire dans leur musique. Et source, c’est aussi un rappel aux mille et une vaches qui sont, en fait, les mille et une sources…

Vous avez créé l’association « La chapelle harmonique », pouvez-vous nous présenter cette association en quelques mots ?
« La Chapelle Harmonique » a été créée en 2017, au château de Versailles à l’occasion d’un concert, un oratorio de Bach, « la passion selon Saint Jean ». On a continué ensuite avec une équipe constante, dans ce même répertoire, avec un grand format chœur et orchestre sur instruments d’époque. Nous étions, il y a quelques jours, au Festival de Beaune, nous étions 60 (30 dans le chœur et 30 dans l’orchestre) et je dirigeais. Mais lorsque nous sommes moins nombreux et que je ne dirige pas, je joue de la viole de gambe, comme ce sera le cas lors du concert de clôture du Festival, le 10 août.
C’est donc un ensemble qui a vocation à travailler sur les répertoires des XVIIe et XVIIIe siècles essentiellement, surtout musique française avec Rameau ou Marin Marais, et musique allemande avec Bach ou Haendel.

Justement Bach, c’est un compositeur qui revient souvent dans la programmation de ce festival. Y a t-il une raison particulière ?
C’est lié à une sensibilité personnelle et c’est aussi un leitmotiv. Bach c’est peut-être le plus grand compositeur de musiques occidentales. Les musiciens proposent souvent des programmes où il y a du Bach. Par exemple, Thomas Dunford qui vient à Chambon, mercredi, va proposer un récital Dowland, Bach où il y a une pièce de Bach à la toute fin du récital, « la Grande Chaconne » de violon qu’il a arrangée pour luth. Mais tout le reste, c’est du Dowland, c’est une musique plus ancienne, anglicane… Finalement, Bach revient presque par nécessité, comme nourriture quotidienne de certains musiciens qui font même leurs gammes sur du Bach pour certains !

Sur l’ensemble de la programmation, y a t-il un concert qui aurait un peu plus votre faveur ?
Non bien sûr. Simplement, les temps forts, ce sont les concerts d’ouverture et de clôture. Pour autant, chaque concert a un intérêt particulier selon le lieu où il se déroule. Par exemple, Marc Mauillon, dans la cité médiévale de Bourganeuf, avec cette église magnifique, le répertoire qu’il chante est totalement en cohérence et en harmonie.
Tout est construit en fonction des acoustiques et en cohérence avec les lieux, selon leur aspect visuel, leur environnement, etc.

Justement, la chapelle de l’Hôtel du Département accueille un concert pour ce premier Festival. Geneviève Pugier vient présenter « une flûte à travers les âges ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Geneviève est une flûtiste que j’ai rencontrée au Conservatoire Supérieur de Paris et qui joue du traverso (flûte traversière baroque) et de la flûte traversière moderne.
Elle a construit un programme autour de différentes esthétiques, époques, et instruments. Elle va amener une dizaine de flûtes différentes.
On commence à la renaissance avec une flûte ténor, puis on continue à l’époque baroque avec le traverso, et ensuite les instruments du 18e siècle…c’est l’évolution de la flûte à travers les âges avec, à chaque fois, quelques pièces, pour illustrer le son de la flûte. Elle expliquera, en même temps, les caractéristiques de chaque instrument, les répertoires.

On est à la limite du concert-conférence en quelque sorte…
Oui c’est un peu ça. Ce sera très didactique et cela introduira le concert du soir, à Glénic, avec le trio où il y aura une joueuse de traverso également, accompagnée d’une joueuse de clavecin et de moi-même, à la viole de gambe.

Le premier Festival bat son plein, est-ce que vous pensez déjà au prochain ?
Oui bien sûr. J’espère que ce sera pérenne, que ça se déroulera toujours sur une semaine, que les choses évolueront, que le public creusois retrouvera un festival comme il existait avant, dans l’esprit des « Voix d’été », et qu’il se reprendra de passion pour cela.
Cette année, on a démarré un peu tard au niveau de la communication mais on bénéficie du soutien de personnalités locales qui participent à faire rayonner le Festival, à le faire connaître. Tout comme au niveau national, France Musique ou encore Mezzo nous aident à le médiatiser.

Retrouvez toute la programmation du Festival sur festival-creuse.com