Musique à la Source : un festival qui ne masque pas son succès

Il y a quelques jours se clôturait la deuxième édition du festival Musique à la Source. Valentin Tournet, directeur artistique nous a accordé quelques minutes avant de monter sur scène, avec la Chapelle Harmonique, pour le dernier concert. L’occasion pour lui de dresser le bilan de ce festival au succès grandissant.

Musique à la Source : un festival qui ne masque pas son succès

Valentin Tournet, directeur de la Chapelle Harmonique, juste avant le concert « Fables de la Fontaine »

Comment s’est passée cette deuxième édition ?
On a réussi à la maintenir malgré la crise sanitaire. C’était une chose importante pour nous. Elle s’est bien passée, nous avons eu beaucoup de monde.
Nous avons dû doubler le concert d’ouverture tellement il y avait de monde. Nous avons fait une séance à 18h30 puis la séance prévue à 21 heures. Les autres concerts ont aussi eu pas mal de succès. Etonnamment, ceux qui sont dans les zones un peu éloignées des agglomérations et des centres importants de population, comme Saint-Georges-Nigremont, ont eu beaucoup de succès.

Vous changez de lieu de concert chaque jour, forcément cela demande une adaptation particulière ?
Oui quand on fait une installation, ça prend du temps. Ça ne fonctionne pas forcément avec les abbatiales car ce sont des acoustiques très réverbérantes, pas faites pour ça mais plutôt pour du chant grégorien. Ce soir, pour la première, fois on vient à Bénévent dans cette abbatiale fabuleuse mais difficile acoustiquement à travailler, mais comme on dit prima la musica, et après tout le reste.

Et puis, on doit accueillir plus de monde donc on est obligé de trouver des lieux toujours plus grands, c’est toujours le grand défi de ces instruments. Il faut trouver des compromis. Il y a des églises formidables comme celle d’Ahun dans laquelle on a fait l’ouverture avec Jean-François Zygel, qui a la meilleure acoustique du département en terme d’église, et puis il y a des abbatiales plus compliquées à manier mais qui sont intéressantes sur le plan patrimonial.

Cette année est une année particulière, beaucoup d’évènements culturels ont été annulés. Avez-vous eu peur de devoir annuler cette édition ?
Si, on a eu peur mais pas à outrance car on n’a pas beaucoup d’installations. Certains gros festivals en plein air notamment doivent installer un mois avant. Nous ce n’est pas notre cas, on peut installer le jour même. Ça nous permet une grande souplesse quant à la tenue du festival. Après il faut aussi lancer la communication assez tôt. Nous voulions lancer la nôtre pour Pâques, c’était notre repère, finalement nous l’avons reportée.

Nous avons modifié un peu la programmation. Tout d’abord, parce qu’on pensait que le public se déplacerait moins à cause de la crise, mais finalement, on a eu beaucoup de monde. Ensuite, certains spectacles sont coûteux et certains mécènes ne se sont pas décidés pour cette année, ce qui nous a contraints à adapter la programmation. On a quand même maintenu 6 concerts, une grande ouverture et une grande clôture.

Justement il a fallu s’adapter à cette crise, comment avez-vous fait ?
Nous avons investi dans un thermomètre à pistolet pour prendre la température. Nous avons un bénévole qui prend la température du spectateur au départ, puis ils passent leurs mains avec du gel et enfin, mettent un masque. Ça fait trois mesures qui rassurent d’abord, et qui assurent une certaine sécurité sanitaire. Après on a un peu l’impression d’être devant une foule de chirurgiens qui attend de nous attaquer.
Ça perturbe beaucoup les artistes car normalement, on voit sur les visages si les gens sont contents ou pas. C’est très difficile d’arriver à garder le sourire sur scène et garder une joie quand on ne sait pas vraiment les réactions. Sauf quand on fait une petite blague et que le public rigole, alors là ça s’entend. Mais sinon c’est compliqué de voir si les gens s’embêtent ou si les gens sont enthousiastes.

Justement vous savez qu’un concert est réussi seulement qu’à la fin ?
Avec les applaudissements oui, mais le public creusois est de manière générale assez discret, assez intérieur. Ils exultent à leur manière, mais j’ai été surpris car à certains concerts, on avait vraiment des gens qui se levaient, qui exprimaient des choses que je n’avais pas l’habitude d’entendre en Creuse. J’étais agréablement surpris.

Cette année, vous n’avez pas ouvert les portes qu’aux églises mais à d’autres sites comme Fayolle ou l’Orangerie du Château de Boussac. Comment choisissez-vous vos lieux de concert ?
L’Orangerie de Boussac parce que c’est un lieu clé, le château de Boussac est dans la Creuse, et parce qu’on joue toujours avec le patrimoine. L’espace Fayolle est un peu une exception, à cause de l’acoustique. Le concert en question était un piano chant et le chant soliste, dans une église ou dans une abbaye, est extrêmement compliqué. Il fallait trouver un espace plus sec. Le petit théâtre de Guéret aurait été parfait, mais il n’est pas ouvert. Quand il sera rénové, ce sera la salle idoine.

Cela se fait aussi sur un critère objectif de répartition départementale. Nous avons aussi une mission d’aller un peu partout dans le département et de ne pas se concentrer sur une collectivité ou une communauté de communes. Donc j’essaie de programmer pour couvrir l’ensemble du territoire.

Quels ont été les temps forts de ce festival ?
Les temps forts étaient l’ouverture et la clôture. Ce sont des concerts où on a accueilli des personnalités qui ont beaucoup fait parler du festival.

Vous estimez à combien le nombre de spectateurs ?
On est à peu près à 1 000 spectateurs. Je pense que c’est quasi équivalent à l’an passé. Peut-être que les gens étaient moins peureux pour aller au concert que l’année dernière. Et il y a aussi le festival qui prend une certaine notoriété au fur et à mesure. Avec la crise, c’est un peu contre carré. Nous avons des spectateurs assez fidèles qui ont pris des abonnements.
On voit ainsi des personnes qui viennent à chaque concert. Ils viennent nous voir à la fin en nous disant leur joie que l’on soit là, qu’il y ait cette proposition culturelle et musicale, et qu’ils seraient là le lendemain pour le prochain concert.

Et vous, vous serez là l’année prochaine ?
Evidemment !

Représentation du concert « Fables de la Fontaine » dans l’abbatiale de Bénévent-l’Abbaye, avec Lou de Laâge, Marie-Claude Chappuis et la Chapelle Harmonique

 
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